Mais qu’est-ce que c’est que ce binz ?

Sûr que cette mémorable phrase de Jacques-Henri Jacquart colle comme un gant à notre sortie de ce dimanche. Si l’idée d’une sortie dans le secteur du lac des Vieilles-Forges avait enthousiasmé un bon nombre de raidars, nous n’étions que dix au rendez-vous sur le parking situé devant l’entrée du camping. Catherine et Thierry, fraîchement revenus d’un périple dans le sud, Hervé et Arnaud, eux fraîchement arrivés à VTT de Charleville, PTR, Yannick et moi formions le contingent des VTT alors que Ludo, Bernard et Cacal, en manque de motivation, formaient l’escouade des hybrides. Pas de parcours différencié, juste une grande variété de passages permettant à chacun d’y trouver son compte.

Attention il ne s’agit pas du retour de Jean-Pierre…

Il est huit heures trente nous nous émouvons tranquillement. Le parcours commence par le nouveau chemin qui borde le lac en direction du pont des aulnes. On est plus sur du parcours genre voie verte que du sentier monotrace. Au moins il nous évite de patauger dans les tourbières et de sentir le sanglier après moins de deux bornes. Les discussions vont bon train, on a plus l’impression d’être au club tricot du mardi après-midi que dans un club de VTT. Nous changeons de rive du lac par le sentier qui longe la route. Nous traversons la route, nous nous engageons à contre-sens sur le parking avant de rejoindre la foret de Renwez. Nous commençons à grimper tranquillement. C’est juste une mise en jambes… Nous continuons de discuter quand nous entendons Yannick nous déclarer que son montage tubeless fait une dépression. Un petit coup de pompe et c’est reparti… pour un petit kilomètre ! Cette fois, ce n’est plus le club tricot, mais le club des boulistes du dimanche. Ca discute pour savoir s’il faut tirer ou pointer, enfin tenter de chercher des épines et les retirer pour que le préventif fasse son oeuvre ou mettre une chambre. Après moultes délibérations, c’est l’option chambre qui est choisie. Malheureusement la chambre fuit et PTR doit se délester de sa chambre de secours pour que le maître des saucisses puisse reprendre son chemin. Nous avons perdu plus de trente minutes dans l’histoire. J’avais prévu une boucle de rab au cas ou nous mènerions grand train, je crois que c’est mort. Peu de temps après avoir redémarré, nous quittons le grand chemin pour nous engager dans du sentier joueur.  La trace alterne bientôt chemin large et sentier pour nous amener au cœur de Montcornet. Petit parcours touristique qui nous fait découvrir le château et le Mont Cornu et ces cinq villages (Gaulois, Gallo-Romain, Mérovingien, Carolingien, et Médiéval). Contrairement à ce que pourrait faire croire son nom, le Mont Cornu est dans une cuvette. Il nous faut donc remonter et pourquoi faire simple. Nous empruntons le chemin qui permet aux touristes de découvrir la face cachée du château de Hugues Premier. Enfin pour certains, car à peine me suis-je élancé dans la montée que j’entends une transmission qui hurle sous la torture de son propriétaire. La montée est trop raide, je continue vers le premier point de vue pendant que le bourreau règle ses comptes avec sa victime. En compagnie de Cacal, Arnaud, Hervé et Ludo nous profitons du paysage. Mais les dix minutes passées à regarder des vieilles pierres commencent à nous paraître longues. Nous décidons donc de faire demi-tour et retrouvons Thierry en train de s’afférer autour du vélo de Catherine. Pas de doute il se dépasse ! Le diagnostic est plutôt approximatif mais une seule chose est sûre : il va être difficile pour Catherine de finir la sortie avec une chaîne qui saute du plateau à chaque tour de pédale. Nous perdons nos presque marnais qui finissent la sortie par des voies généralement empruntées par les guidons tordus.

C’est donc amputés de deux membres, ce qui vous me le concéderez rend difficile la pratique de la petite reine, que nous continuons notre périple. Nous reprenons donc notre sentier de montagnes russes pour gagner la route qui relie Montcornet à Renwez Après quelques hectomètre de bitume, nous bifurquons dans un chemin de campagne qui a la lourde tâche de nous conduire jusqu’à la Boutillette point culminant de la ville de Renwez. Après son pneu c’est Yannick qui commence à manquer d’air. Il faut dire que le chemin est exigeant. Pas beaucoup de dénivelé mais l’obligation d’y aller en force si on veut avancer un minimum. PTR, qui a fait le voyage avec Yannick, envisage de rentrer directement à la voiture. Heureusement, j’ai reconnu le parcours et je sais que les kilomètres à venir ne vont pas présenter de difficultés majeures et vont nous amener sur la rive sud du lac. De là,Yannick et PTR n’auront plus qu’à suivre le bord de l’eau pour retrouver le point de départ. Nous prenons cette option. Pas de montée mais du sentier à gogo, sans grande difficulté technique ni physique mais ça fait tourner les jambes en préparation à ce qui nous attend. Nous finissons par emprunter une descente caillouteuse qui nous amène en bordure du lac. Arnaud, Hervé, Cacal et PTR se tirent la bourre devant et sont parfois obligés de faire demi-tour pour emprunter les petites surprises que j’ai concoctées. J’aurais pu laisser Yannick et son chaperon rentrer tranquillement par le chemin des touristes mais je me sens l’âme d’un Rabelais cherchant à tirer la substantifique moelle de son lecteur. Une petite grimpette jouera le rôle de Gargantua pour beaucoup d’entre nous. Dès son pied, cette ascension marque nos esprits : la forêt s’ouvre sur une ligne droite de cinq-cents mètres à douze pour cent. Bernard et Cacal usant des chevaux mécaniques nous laissent sur place.  Arnaud, Hervé, Ludo et moi nous calons au train pour avaler cette longue ligne droite. PTR attend Yannick qui va jeter dans la bataille ses dernières forces. Nous l’encourageons dans les derniers mètres. Pendant qu’il tente de reprendre son souffle, je lui demande s’il pensait vraiment que j’allais le laisser rentrer par un chemin pour touristes… Point de réponse ne sort de sa bouche mais je peux lire dans ses yeux un énorme « CORNARD » en majuscule ! Que c’est bon de se sentir aimé… Nouvelle descente en cailloux pour retrouver les bords du lac. Cette fois, il en est fini du calvaire de Yannick. Nous nous saluons en respectant la distanciation physique.

Si Yannick et PTR vont pouvoir savourer la plate fin de parcours, nous sommes loin d’en avoir fini avec les grimpettes. Hervé, qui connait le coin, imagine déjà le chemin que je vais leur faire emprunter, me disant :  » Je ne l’ai jamais monté !  » Cela ne m’empêche pas de m’engager dans cette voie. Le départ est relativement facile avec une trace propre et un dénivelé modeste. Plus nous avançons plus le sentier se redresse en même temps que le sol se couvre de branches et de cailloux. Je glisse à dix mètres du sommet de la partie la plus difficile. Heureusement Arnaud a laissé la place pour anticiper mon échec. Mais le dernier monticule a raison de lui. Bernard, Ludovic et Pascal passent sans encombre. Hervé ne parvient pas à hisser son trente-quatre dents dans la pente devant pousser le vélo. La fin de l’ascension est beaucoup plus facile. Nous rejoignons la route forestière de la Tranchée du Coq située sur le chemin de Saint-Jacques de Compostelle. Nous quittons rapidement ce chemin car mon but est de rejoindre la trace de la French Divide. La pluie s’invite dans les débats. Arnaud me demande confirmation à certaines intersections car le chemin lui parait encombré. Mais paraphrasant le célèbre réalisateur flizien je lui confirme :  » Ça passe ! « . Nous dévalons les cent-cinquante mètres qui nous conduisent à la D31 route reliant Bourg-Fidèle aux Mazures. Le chemin est plein de racines. C’est cool avec la pluie qui les a mouillées. Arrivés sur la route nous constatons que la route est trempée, dans les bois nous n’avions pas l’impression qu’il avait plu autant. Nous rejoignons les Neuves-Forges par la route. Nous voilà au pied de la dernière ascension de la journée : un peu plus de trois kilomètres, un peu plus de cent-soixante-dix mètres de dénivelé, quelques centaines de racines et quelques milliers de pierres d’ardoise se dérobant sous nos roues. Bref vingt minutes de bonheur en perspective ! Vu le groupe,  je m’attends à galérer à l’arrière du groupe, avec trois hybrides et deux fous furieux, il faut être conscient de son niveau. Je suis surpris : si Cacal s’amuse des coups de cul tel un cabri ayant pris de l’embonpoint, Arnaud reste dans ma roue et Hervé navigue un peu plus loin, les deux autres hybrides restant sagement à l’arrière du groupe. Comme bien souvent je discute quand je roule, parfois même tout seul ce qui inquiète mon psy. Là, je fais la conversation à Arnaud qui me répond par onomatopées et Hervé qui trente mètres derrière n’entend même pas ce que je dis. Bref je me croirais à la maison ! Parvenus au sommet je dévie de mon tracé initial afin de parcourir les cinq-cents mètres du Judenlager des Mazures où 11 panneaux enseignent cet épisode dramatique de la Seconde Guerre mondiale où l’histoire des Mazures s’inscrit dans celle de l’Histoire de l’Europe. Dans le contexte des camps de travail forcé, les travailleurs juifs, pour la plupart déportés de Belgique, ont subi à cet endroit humiliations, sévices et conditions de vie inhumaines. Sous l’autorité de l’Organisation Todt et des SS allemands, les 288 Juifs déportés construisaient  le camp et travaillaient jusqu’à l’épuisement à la production de charbon de bois. La grande majorité ont ensuite été transférée et sont morts au camp de concentration d’Auschwitz.
Après ce moment de mémoire, nous traversons le village. Alors qu’une nouvelle averse profite de notre sortie des bois pour se déverser. Comme le dira si bien Arnaud : « On a beau être en haut, tu as encore trouvé le moyen de nous mettre des côtes. » Celle-ci est de courte durée (300m à 10%) et nous permet de basculer dans la descente finale. A partir de là ce n’est plus que sourires sur les visages près de deux kilomètres d’une trace alternant chemin et sentier monotrace où aucun coup de pédale ne sera nécessaire. Qu’est-ce que c’est bon le VTT quand ça se termine comme cela. Paraphrasant Perrette, celle de La Fontaine pas celle de Bridélice, :  » Adieu crevaison, dérailleur, préventif, douleur « . Il ne reste à ce moment que plaisir et bonheur.
Pour Arnaud et Hervé le périple n’est pas fini car il reste encore quelques quinze kilomètres pour regagner la tanière. Nous donnons à Hervé ce qui nous reste de provision sous forme de pâtes de fruit ou autres gels énergétiques afin qu’il puisse sans risquer une hypoglycémie rentrer au bercail

Il n’est point difficile pour moi de conclure ce récit au vu des remarques faites sur les réseaux sociaux, où je n’y ai point vu Yannick, sans doute encore en train de dormir… Une bien belle sortie pleines d’aventures, d’efforts et de rebondissements !
Ce sont les chiffres qui donneront une idée de ce que nous avons vécues : Départ 8h30 – Arrivée 13h03 – Temps de déplacement 3h15.
Jacques-Henri avait raison.

5 thoughts on “Mais qu’est-ce que c’est que ce binz ?

  1. Hervé

    Comme dit une grande championne j’étais pas en forme sûrement des restes de ma maladie et comme si ça n’avait pas suffit retour avec Arnaud en mode vengeance 19km en une heures et 300D+

  2. Bernard

    Une superbe sortie, des passages découverts pour la première fois.
    Dommage pour Catherine dont le dérailleur a flanché.
    Merci Laurent pour cette belle trace.

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