Challenge 100

Les messages de Cyril sur un célèbre réseau social me laissaient entrevoir les prémices d’une dépression. Après plusieurs mois de préparation pour performer aux 24H00 de Olhain, voir, à quelques jours de l’échéance, l’épreuve annulée avait le même effet que le manque de Ricard sur Renaud. Ne voulant pas voir son travail devenu inutile, Cyril avait lancé l’idée de faire un double tour d’horloge entre nous lors de ce week-end initialement prévu pour rejoindre la région des frites et des oncles pédophiles. Aucun retour. A croire que la Covid-19 avait atteint l’ensemble de la population des raidars. Même ceux inscrits à cette épreuve faisaient montre d’une absence remarquable. Alors n’étant jamais à court d’idée à la con, je propose à Cyril d’effectuer un cent kilomètres sous forme de trois boucles de trente-trois kilomètres trois-cent-trente-trois. Une boucle le samedi après-midi pour se chauffer, une boucle le samedi soir pour s’amuser et finalement une boucle le dimanche matin pour s’achever. Son enthousiasme est réconfortant. Je me lance donc dans un traçage sur carte avant d’effectuer quelques reconnaissances pour savoir où on va. Je lance ensuite l’invitation sur le forum de club. L’envie est tiède. C’est vrai que la météo prévue n’est pas encourageante, mais un raidar qui se respecte ne recule pas devant quelques millimètres de pluie. Pas grave, même à deux on se lance. Quelques courageux décident de nous accompagner sur une ou plusieurs boucles. C’est vrai que ma formulation est très attractive : trois boucles pour les furieux, deux boucles pour les courageux et une boucle pour les paresseux. Peut-être que mes intitulés ont rebuté quelques raidars, qui ne voulant pas passer pour des paresseux, ont préféré rester vautrés dans la banquette devant la télévision…

Veni
Au programme une sortie tranquille avec un dénivelé d’un peu plus de quatre-cents mètres au programme. Catherine, Thierry se joignent à nous pour l’après-midi alors que Pierre-Jean (cousin de notre raidar dépressif) et PTR sont partants pour deux boucles (PJ enchaînant avec la nocturne et PTR roulant dimanche matin).
La météo est bonne. Ce qui veut dire en patois ardennais qu’il ne pleut pas et que la température dépasse les dix degrés. On chauffe les jambes le long de la Meuse sur un sentier que je m’attendais à trouver plus boueux. Un peu de technique dans les ballastières des Ayvelles avant de rejoindre la voie verte en direction de Charleville. Ce n’est pas dans nos habitudes de rouler sur la voie verte, alors parvenu à Romery on bifurque. Petite grimpette vers Saint-Laurent avant de prendre le chemin champêtre vers le Theux en passant au dessus des carrières. Nous faisons un tour sur le plateau de Bertaucourt. Il fait beau, on roule grand train alors pourquoi ne pas en profiter pour faire un peu de rab. Nous descendons vers Montcy avant de reprendre la voie verte en direction de l’Hôtel de Ville. Nous rejoignons ensuite le parc des expositions puis Prix-les-Mézières. Nous grimpons le chemin de Montigny-aux-Bois afin de passer derrière la zone commerciale de la Croisette puis descendre vers La Francheville. Dans la descente nous bifurquons vers Boulzicourt. Nous passons d’un chemin empierré à un sentier en sous bois. Un petit bout de route nous permet de traverser l’autoroute. Nous nous dirigeons vers le lieu-dit de Cléfay que nous traversons avant d’apercevoir quelques petits bonhommes en tenues de camouflage orange fluo. Deux options, soit ce sont des gilets jaunes perdus, soit ce sont des chasseurs. Dans les deux ces gens n’ont vraiment aucun goût pour s’habiller. Si ce sont des chasseurs et que nous sommes le week-end de l’ouverture, ils doivent être chauds comme des baraques à frites. Si ce sont des gilets jaunes, ils doivent être chaud comme du vin chaud à la cannelle. Nous décidons donc d’éviter de prendre une cartouche au propre pour les uns, au figuré pour les autres. Nous rebroussons chemin afin de gagner Boulzicourt par une petite route de campagne. Il nous reste la difficulté du jour à franchir. Une ascension de deux kilomètres et demi à six pour cent. Pierre-Jean s’envole. Cyril commence à vouloir le suivre quand d’une réflexion je lui brise les ailes : « Je ne vous suis pas car il nous reste encore plus de soixante-dix kilomètres… ». Donc nous montons tous, sauf un, tranquillement. Une fois sur le plateau nous nous promenons dans le bois pendant que le loup n’y est pas avant de descendre vers Etrepigny. Passage à Boutancourt et retour par le chemin noir. Sur ce chemin, Pierre-Jean veut battre le KOM de Cyril qui est de 1:11. Alors que nous partageons une bière sur le parking, le verdict de Strava tombe 1:12. Cyril reste pour quelques temps encore le roi des KOM. Les GPS ont du mal à se mettre d’accord sur le dénivelé mais on tourne autour de cinq-cents mètres pour les quarante kilomètres. Nos paresseux nous quittent alors que je donne rendez-vous à Pierre-Jean et Cyril une heure trente plus tard. PTR nous informe que s’il n’est pas présent à 8H45 demain matin il ne faudra pas l’attendre. Nous sommes habitués, nous ne l’attendrons pas.

Vidi

C’est fou ce que le temps peut changer en l’espace de quelques minutes. Le ciel est menaçant et nous sentons que la pluie ne va pas tarder. Je pars de la maison alors qu’Aurélien m’appelle afin de me dire qu’il est déjà chaud bouillant avec Arnaud. Je veux pas dire qu’il y ait anguille sous roche entre ces deux là mais simplement qu’il nous attendent déjà prêt à en découdre avec le parcours que je leur ai concocté. Je lui confirme que j’arrive. Arrivé à l’entrée de Flize mon téléphone sonne de nouveau. C’est Catherine ! Le temps de me stationner j’apprends que mon GPS est resté sur la table de la cuisine. Demi-tour ! J’arrive au rendez-vous à la bourre. Je galère un peu à installer les lampes et finalement nous partons avec six minutes de retard. Quand je vois comment ça roule, j’estime qu’en moins de temps qu’il faut pour aller se faire cuire un oeuf nous aurons rattrapé le retard. J’ai les cuisses qui piquent un peu. Le départ est tranquille car après avoir gravi la côte de Dom nous rejoignons la voie verte en direction de Donchery. Cette fois on ne rigole plus car c’est la Croix Piot qui est au programme (un kilomètres deux-cents pour cent-trente-deux mètres de dénivelé avec un final mouvementé). Parvenu à la ferme, alors qu’il reste moins de trois-cents mètres, j’annonce que j’offre une bouteille de rhum à celui qui montera tout sur le vélo. C’est fou ce que l’alcool peut faire sur la motivation. Même si je ne doute pas que la bouteille va rester dans ma cave, je suis admiratif des efforts déployés par mes compères pour vaincre la pente et les cailloux alors que je pousse ma monture. Nous reprenons un peu d’oxygène avant de continuer notre chemin vers la chapelle Saint-Onésime. Après les cailloux, c’est la boue qui se présente à nos roues. Pour être dans le ton, une bruine se met à tomber. Nous suivons le petit chemin boueux pour rejoindre la route de Cheveuges.. Arrivés en bord de route nous décidons d’allumer nos lampes car depuis un moment nous roulons un peu au jugé. Descente sur la route, dans la nuit et sous une pluie qui redouble. Après cinq-cents mètres de bitume nous repartons sur un chemin et de nouveau ça grimpe. Nous longeons le bois de la Marfée avant de descendre vers Frénois. Comme nous avons pu voir à la télévision les inondations catastrophiques de la vallée de la Vésubie (site de la célèbre TransV), je décide de faire une pause afin que de montrer les dégâts provoqué par le Bouc il y a trois ans. Le Bouc étant un ruisseau de quelques centimètres de profondeur et non pas un animal de la famille des caprins. Murs couchés et maison ouverte en deux ont maintenant donné place à des constructions neuves, mais de nuit l’ambiance reste pesante. Nous reprenons notre route car là nous pouvons parler de route car nous franchissons le rond point de Bellevue, passons devant le château du même nom et rejoignons la zone industrielle de Glaire. Au premier rond-point nous bifurquons à gauche vers le fond de la zone. Nous apercevons deux véhicules stationnées à l’écart de la route principale. Dans l’un des deux un couple est installé sur la banquette arrière. La dame nous regarde passer espérant peut-être que nous prenions quelques instants pour batifoler… Mais l’appel du sentier est le plus fort, pas de temps pour des galipettes collectives. Nous traçons notre chemin. Passons sous l’autoroute ce qui fût une route avant la seconde guerre mondiale nous mène à une ancienne centrale électrique construite par les aciéries de Longwy en 1912 pour alimenter une usine située à l’entrée de Sedan (Maintenant AFS – avenue de la Marne). Cette centrale ne servie que trente ans et est depuis à l’abandon. Nous entrons dans l’enceinte. Il ne reste plus debout qu’un château d’eau et quelques murs d’un grand bâtiment. Le décor est horrible : des monceaux d’ordures jonchent le sol de partout. Nous zigzaguons entre vieux pneus, déchets de plâtre et appareils électroménager hors d’usage. Nous pestons contre ces abrutis incapables de faire quelques kilomètres pour trouver une dechetterie. Quelques marches nous ramènent sur la voie verte. Nous rejoignons Donchery puis Vrigne-Meuse en longeant la voie de chemin de fer. Un petit tour dans un lotissement et nous voila en train de grimper la côte du chemin de Mézières. Une fois sur la crête ça sent la fin de parcours car plus aucune difficulté ne se profile. Si la vue sur les maisons éclairées de Vivier-au-Court et Vrigne-aux-Bois est sympa, la bruine qui continue à tomber ne nous incite pas à flâner. Nous allons chercher un dernier sentier avant de descendre vers Nouvion-sur-Meuse par un chemin caillouteux. Nous faisons le retour à la SMA par les ballastières. Parvenus sur le parking la pluie nous laisse un peu de répit pour nous permettre de partager le rhum que j’avais promis au grimpeur fou. Cette fois nous avons parcourus un peu plus de trente-quatre kilomètres pour un gros quatre-cente-cinquante mètres (nos GPS vont de 360 à 485) de dénivelé positif. Il est à peine 21H00 quand nous nous séparons. Après avoir remercié Pierre-Jean et Aurélien de nous avoir accompagné, je fixe rendez-vous à Cyril et Arnaud en grande forme pour partager le dernier épisode de ce qui se présente comme la cerise sur le gâteau de notre délire.

Vici
Après une nuit agitée, mal aux jambes ou appréhension de ce qui reste à venir, c’est la pluie dans les carreaux qui me réveille vers 6H30. Pas à dire ça va crescendo, que ce soit au niveau de la difficulté du parcours ou des conditions météo. Mais comme le disait souvent Denis, un prêtre québécois qui y allait de bon cœur (comprenne qui pourra): «  La pluie du matin n’arrête pas le pèlerin ! ». Ce prêtre étant principalement connu pour un autre diction peut-être moins connu mais dont la portée a été beaucoup plus importante : « Tu ne diras rien, mon gamin ! ». Sur ces pensées philosophique je me prépare à affronter Dame Nature.
Après une relance sur notre forum et sur les réseaux sociaux dans la soirée, j’espère retrouver quelques valeureux vététistes perclus de remords souhaitant en être. (Aucun rapport avec ce qui a été dit ci-dessus). Malheureusement quand j’arrive à la SMA sous une pluie battante et bousculé par de grosses bourrasques, pas la moindre queue d’un raidar. Je crois que peu étaient prêts à manger les restes d’Alex ! Dans moins d’un mois personne ne comprendra plus ce trait d’humour. Je trouve un abri de fortune le temps d’attendre Arnaud, Cyril et Sami. Trois hockeyeurs, ils ne vont pas être dépaysés avec le terrain glissant. Arnaud est le premier à me rejoindre. N’ayant pas fait la première boucle, il s’est infligé comme pénitence un aller-retour à vélo Warcq-Flize sous la pluie. Cyril et Sami ne tardent pas. Il est 8H45 quand nous décollons, mieux que la SNCF et Air France réunis. Surprise PTR manque à l’appel. Bizzare cette impression de déjà vu… Direction les hauteurs sous la pluie et dans le vent. Arnaud illustre parfaitement une chanson du regretté Georges : « Tous derrière et lui devant ! » Nous nous faisons secouer à quelques reprises par le vent mais tenons bon le cap. Big up Hugues. Bizzarement juste avant que nous entrions à couvert que la pluie cesse. Quand nous parvenons à l’entrée de la BrokeBack je laisse mais acolytes passer devant. Arnaud qui continue sur sa lancée fini par tester la densité du sol élanais. Après avoir traversé la route je choisis de ne pas prendre la cuvette alors que mes complices du jour se lancent dans la descente. Erreur d’aiguillage et nous nous perdons. Pendant que je jardine de mon coté les autres font la même chose du leur. Nous finissons pas nous retrouver et enchaînons avec encore plus de sentiers. Nous sommes passés dans une autre dimension par rapport aux sorties précédentes. Nous enchaînons plus de huit kilomètres de sentiers seulement entrecoupés de moins de quatre-cents mètres de route. Nous nous jouons des pièges, rochers et autres racines. Comme la pluie a cessé depuis un bon moment maintenant, la balade devient plus agréable. Nous prenons un petit bout de chemin forestier histoire de nous dégourdir les pattes avant de repartir dans un nouveau long sentier de plus de trois kilomètres. Nous sommes en bordure de forêt domaniale et comme je le craignais la forêt privée qui jouxte est chassée aujourd’hui. Ne voulant pas gêner les chasseurs, nous nous apprêtons à faire demi-tour quand le chasseur nous fait signe de venir le voir. Nous approchons, hésitant de peur de devenir le gibier d’un chasseur neurasthénique. Celui-ci souriant nous annonce que nous pouvons y aller, qu’il a prévenu par radio ses collègues se trouvant sur la ligne de feu (je ne connais pas le terme approprié). Nous le remercions et continuons notre chemin, prenant tout de même le premier chemin à droite afin de ne pas les embêter plus. Même si je ne partage pas la même approche de la faune sauvage, je partage avec ces chasseurs le même respect de la pratique de l’autre. Comme nous connaissons bien ce bois nous rejoignons rapidement la trace initialement prévue. Nouveau chemin forestier, nouveau sentier et nous voici à la source Saint-Roger. Un vieux nous exhibe une chose qui a sans doute été un sexe viril un jour. « Mais Monsieur le Juge, il faisait froid… » dira-t-il au Tribunal. Il nous reste deux montées et pas les moindres. Nous relions Élan à Balaives par le chemin le plus court puis enchaînons vers Arcavi en passant par le château de Balaives. Sur les trois kilomètres qui nous attendent nous aurons deux ascensions d’un peu plus de cent mètres chacune. Sami accuse le coup mais un hockeyeur ne lâche rien. Après la descente pierreuse et un peu de rampage sous tronc, (nouvelle discipline que nous allons proposer pour les JO de 2024) nous voila à Arcavi. Cette fois les difficultés sont terminées, si on escompte quelques petites pentes. Nous rejoignons la Meuse qui aura été le fil rouge de notre week-end au niveau de Elaire. Arnaud nous laisse pour rejoindre directement sa petite famille. Nous faisons le tour des ballastières de Nouvion avant de rejoindre la voie verte pour les deniers hectomètres de ce challenge. Sami est rôti. Faute de confettis c’est la pluie qui s’abat sur nous comme pour saluer notre réussite. Nous nous séparons sur le parking pressés que nous sommes d’enfiler des vêtements secs et de nous mettre au chaud.

Je tenais à remercier tous ceux qui nous ont accompagnés sur ces trois sorties. Je pense que nous renouvellerons très prochainement cette aventure sans doute au profit d’une belle cause. A suivre…

6 thoughts on “Challenge 100

  1. Cyril

    Un grand merci pour l’organisation et pour ce récit. J’en ai encore l’humidité qui me réveille les rhumatismes.
    Ça m’a effectivement sauvé d’une dépression sévère, tout ça.
    Déjà partant pour l’épisode 2

    1. Spaderman Post author

      Pour l’épisode 2 on va prévoir neige et verglas comme cela tu pourras faire venir plus de hockeyeurs… à défaut de mobiliser des vététistes !

  2. Samy

    Ouaip, tout pareil, merci pour cette sortie. Oui, même si je n’ai fait que les 33km du dimanche matin, j’étais effectivement cuit à point . (Je suppose que c’est parce qu’il me manque l’assurance, la technique, l’endurance, 147 vitesses, etc) .
    À la prochaine.

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