La noire m’a tué

Etant le régional de l’étape, c’est à moi que revient – à titre dérogatoire, exceptionnel et concomitant (pour les fans de Kaamelot…) – l’honneur de vous narrer nos exploits sur la randonnée dominicale de Oignies-en-Thiérache. Dans un souci de clarté du récit je commencerai par la fin : Choco, Guitou et moi arrivèrent au pain-saucisse final épuisés, bardés de merde de la tête aux pieds, le cuisseau rôti et la peau du cul tannée, vers 15h30…Cette dernière indication vous donnant déjà un aperçu du niveau de difficulté de notre virée en terre promise. Mais en fait, tout avait commencé la veille, ou plutôt dans la nuit, par un SMS de confirmation de Guitou à 0h51 précise. En plus de m’éviter in extremis une deuxième heure consécutive de sommeil, ce message me donnait aussi une idée du niveau de fraîcheur prévisionnel du gaillard pour le lendemain. Après 45’de route en direction de la Mecque, je manque d’écraser une famille d’oies campée au milieu de la RN51 entre R’vin et Fumay, puis je suis rejoint par Guitou, car – sans jamais se concerter- les quettes de la vallée synchronisent automatiquement leurs itinéraires (il parait que c’est un truc qu’ils ont hérité des pigeons voyageurs).Une fois arrivés sur place, les cernes et le teint de canon napoléonien de Guitou précèdent ses explications : il est tombé ce week-end dans une double embuscade ! Admiratif devant un tel courage, je l’accompagne jusqu’aux inscriptions en gardant une distance de sécurité minimale car je sens qu’à tout moment ça peut repasser. Nous y trouvons Choco, déjà prêt et inscrit, accoudé à une barrière de bois, beau comme le cow-boy de la pub Marlboro. Autour de lui, une foule conséquente de bikers discute avant le départ. Aucun ne mesure moins de 1,80m, les voyelles sont appuyées et les «  r » sont gutturaux. Pas de doute, nous sommes bien dans le royaume d’outre-Alyse, paradis du VTT et du bon temps. Nous sommes prêts à partir quand Guitou se met à respirer fort et transpirer. Il tousse et c’est son foie qui sort sa bouche pour aller se planquer sous une bagnole, las de ce corps qui le maltraite ! Le temps de le récupérer et de le remettre en place nous prenons le départ vers 9h.

Le début de la randonnée consiste à prendre de l’altitude en traversant alternativement des sous-bois et des prairies aux herbes couchées par la pluie et les Maxxis (terme latin pour désigner les pneus de vélo). Nous arrivons très vite sur la ligne de crête et c’est là que s’achève la partie belge et thiérachienne du tracé. Tout le reste étant français et ardennais, pour notre grand plaisir. Dès la frontière passée, les feuilles des arbres sont plus vertes, les pierres mieux disposées sur le sol et Guitou nous fait remarquer que la boue ne colle pas. Il s’agit effectivement de boue propre. Nous continuons gentiment à flanc de colline en direction de Fépin. 400m en contre-bas on devine à travers la brune et les chênes centenaires (Quercus robur ou pedonculata, pas eu le temps de voir) le village de Haybes. Nous traversons un pierrier planté de bouleaux tellement serrés qu’il faut jouer aux funambules pour faire passer le cintre. Après ces amuse-bouche se dessine ce que je redoutais depuis le début : Il faut redescendre tout le dénivelé en une seule fois par un single en épingles dans le pentu du bois Fevry ! C’est un vrai mur. Au minimum 250% de pente !!! Le capteur Ring Sensor © intégré dans ma selle indique  » zéro « . Guitou part devant et nous donne une leçon de pilotage. Choco et moi amorçons la descente en mode sénateurs. Je suis encore plus prudent que d’habitude car aujourd’hui je n’ai pas le droit de tomber (aillant une côte cassée depuis la sortie VAE à Metz, je risque le pneumothorax en cas de choc mal placé).

Choco réalise des figures stylistiques encore jamais vues. Il parvient à faire un dérapage de la roue arrière à l’inverse de la pente, ce qui ne répond à aucune Loi connue de la physique newtonienne, et il enchaine ensuite avec une descente en moonwalk sur plusieurs mètres. Je fais pour ma part un petit freinage avec les dents dans l’humus. fa fait fa mal mais fait la honte. Arrivés au dernier quart de la descente nous nous trouvons face à une patte d’oie : Hard à gauche, Soft à droite. Nous petits lipons sans hésiter vers la droite et nous découvrons une fois en bas que  » Hard  » signifiait en fait «  Hard to survive » car la trace débouche directement dans une courbe de la RN51 ou la limitation de vitesse est 150 km\/h. C’est comme ça. C’est historique. Guitou essaye de faire ralentir une voiture en lui faisant de grands signes. Le conducteur repasse la 6 pour le remercier. Nous voilà donc rive gauche de la Meuse entre Haybes et Fépin. Nous longeons le fleuve sacré par un sentier que je prenais au siècle dernier pour aller frayer au club nautique. Du dit club il ne reste que la guérite des chiottes ; tout le reste a été englouti par la forêt tropicale. Nous croisons une nouvelle famille d’oies. Nous passons le pont pour entrer dans le village de Haybes-la-jolie, capitale du monde et des environs. La trace longe normalement le port de plaisance sur les quais, mais des petits plaisantins n’ont rien trouvé de mieux que d’organiser une brocante le même jour. On évite donc la foule en effectuant un petit détour par la rue de l’hôtel de ville. J’en profite pour vanter la qualité des restaurants locaux. Choco se souvient être venu manger un jour au St Hubert, mais il ne se rappelle plus avec qui, ni quand, ni à quelle occasion. Je renonce donc à lui demander si c’était bon. Après avoir traversé la place du Vivier (où j’ai vu plus de bières que de poissons) nous attaquons un single ascensionnel qui nous fait passer à côté du Robinson (un nom original pour un restaurant qui propose un buffet à volonté, comme le fera à juste titre remarquer Choco) nous conduit au point de vue de la Platale, lieu du premier ravito. Guitou et moi nous approchons du parapet pour embrasser des yeux le paysage (méandre complet de la Meuse autour de Fumay). Nous nous signons par dévotion, les yeux pleins de larmes et le menton tremblant, avant d’aller nous restaurer. L’offre est abondante et variée. Le ravito a de la gueule : Beaucoup de bénévoles présents, une tonnelle, les banderoles de sponsors…Franchement ça fait pro. Il n’y a pas de musique, mais de jolies et sympathiques infirmières. Au moment de repartir un choix cornélien se présente à nous : Nous sommes sur la boucle principale de 30km que nous pouvons compléter avec la boucle rouge qui tourne sur R’vin, ou la noire qui tourne au-dessus de Fépin. Nous réfléchissons quelques instants devant le plan, circonspects mais pas du tout circoncis. Je lis dans le silence de Guitou qu’il se contenterait bien du 30 km, mais je laisse lâchement la décision au doyen Choco qui dit noir ! Funeste décision. Il y a tellement d’étoiles en face des rubriques « dénivelé » et « technique » que je n’arrive pas à les compter. On prend une dernière rasade de 3Actions et on se lance. Un magnifique single en slalom avec des appuis relevés nous fait redescendre à fond les bananes jusque dans la vallée de Mohron, juste en dessous du Moulin Labotte. Puis nous regagnons les berges de Meuse après un petit crochet par la Maison des Randonnées qui est un relais VTT. Sur une petite section de voie verte Guitou se met dans l’aspiration d’un routard et nous met 500m dans la vue. Nous quittons l’autoroute par la sortie château de Moraypré et traversons le ruisseau par-dessus le barrage de la retenue d’eau. Le sentier qui suit est aussi raide qu’interminable. Du même acabit que la côte qui part derrière le COSEC de Monthermé, mais pendant 6 km… Il faut forcer sans cesse, déclipser, pousser, relancer, reclipser, re-pousser… De l’ardoise mouillée, des ornières, de la boue. Une horreur. La moitié des calories ingérées au ravito sont cramées en quelques minutes. Seul un vététiste qui fait «  Bzzzzzzziiiiiii » arrive en haut sans mettre pied à terre. La descente est aussi raide et technique que la montée. Guitou abaisse son centre de gravité, déjà naturellement assez bas, et passe comme un as de l’enduro. On voit que les heures passées à siffler de chopines avec les Mawhots lui ont permis d’acquérir des bases techniques qui manquent à; Choco et moi. Après de très beaux franchissements de valons, passages de gué et de faussés chauds-boulette nous débouchons sur la petite route d’Hargnies (en face de mon coin à; cèpes). Sur le bas-côté, un rider a le genou en sang et nous demande dans un dernier souffle  » de l’eau, de l’eau… « . Choco lui suggère de tremper sa guibole dans le ruisseau, mais l’infortuné vététiste n’a pas le temps de répondre. Il s’effondre en convulsant et en crachant de la mousse. Sans hésitez une seule seconde, nous appliquons les réflexes de survie : Guitou pique le GPS et le garde boue sur le bike, je récupère les pâtes de fruit et les objets de valeur dans le sac à; dos pendant que Choco essaye de lui déchausser un chicot en or avec le dérive chaîne, en vain…Remis de ces émotions nous attaquons une seconde ascension des 350m du Ridoux, cette fois par un chemin bleu roulant qui débute juste avant le domaine du Ridoux. Nous nous tirons la bourre pendant l’ascension. Guitou n’arrive pas à; recoller ma roue arrière, malgré l’usage d’un mode de propulsion non conventionnel bien que naturel. Une troisième descente vertigineuse nous fait zigzaguer à; toute allure dans le bois que je gravis habituellement, panier à; la main, pour ramasser des girolles. Le chemin, dont je ne soupçonnais même pas l’existence, nous ramène eu cœur du village et nous devons donc reprendre le fameux single ascensionnel pour regagner le point de ravitaillement central. La boucle noire ayant bien entamé nos forces nous profitons copieusement du buffet en discutant avec les organisateurs. Guitou reste scotché au plat de dragibus un long moment. A ce stade de l’aventure, nous sommes à; moitié rôtis et nous pensons qu’il ne nous reste plus qu’à; regagner tranquillement Oignies. Un organisateur nous laisse cependant comprendre que ça va peut-être être un tout petit peu difficile quand même…Depuis le point de vue nous redescendons par le chemin de crête entre Fumay et Haybes (ancienne voie romaine). La descente finale se fait par 10m d’escaliers recouverts de débris d’ardoises… Là encore Choco invente un style : Il n’est pas sur le vélo, mais pas complètement à côté non plus. Il est… piétiste en fait. Nous traversons le pont, puis la cité de l’ardoise (Fumay), jusqu’à l’Hôtel des Roches avant de bifurquer à; droite sur un verdoux (=l’équivalent d’un terril pour une ardoisière) à la pente bien raide qui chauffe les cuisses. Il s’agit maintenant de regrimper jusqu’à; Oignies. La trace empreinte le sentier à flanc de colline au-dessus de notre dame de Divermont, sur le tracé d’une ancienne canalisation d’adduction d’eau. Nous passons un gué pour changer de vallon, et nous remontons ensuite la rive gauche de l’Alyse (le ruisseau qui dessine la frontière entre la France et la Belgique). Le paysage est agréable et il commence à; faire chaud (25°), mais le terrain est de plus en plus gras. Mon quintal reste englué dans la merdasse tous les 50m. Choco dit de plus en plus de gros mots. Arrivés sur le plateau, le cul en compote, nous attaquons une interminable ligne droite recouverte de 25cm de boue directionnelle (c’est de la boue qui décide à; ta place où le spad doit aller). Choco en fait les frais ; il met la roue avant à l’équerre et se vautre sans trop de bobo. Il dit ensuite encore plus de gros mots. Après des kilomètres de supplice, nous redescendons enfin par un joli single jusqu’au ruisseau du départ que nous traversons bravement dans la ligne de mire d’un photographe qui immortalise l’instant.

En résumé : on en a chié comme des russes, mais c’était magnifique. A refaire sans faute l’année prochaine pour la vingt-cinquième édition.

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