Les cavaliers de l’apocalypse

 » Ce nuage est bien noir : sur le ciel il se roule,  comme sur les galets de la côte une houle. » J’aurais pu reprendre le premier vers de ce célèbre poème de Théophile Gautier en ouvrant mes volets en ce dernier dimanche d’octobre, mais mon humeur n’est pas à la poésie sentant que je venais de vivre mes derniers tours de roues sur le sec avant longtemps.
Il est à peine huit heures quand notre vététiculteur débouche à tombeau ouvert avec son rutilant attelage. Je m’empresse d »enfiler mon cuissard, non pas que j’ai peur d’exposer mes virils attributs, mais plutot dans le but de ne pas susciter trop d’émoi dans la gente féminine du voisinage. Enfin paré de mes oripeaux, j’accueille mes hôtes du jour. Diable que ces gueux sont nombreux pour en découdre avec le terrain bourbeux. Il semblerait que les trombes d’eaux deversées par les cieux ont fait éclore le vététiste plus facilement que la rosée d’automne fait éclore le rosé des prés. Florian, un jouvenceau souhaitant rejoindre notre noble troupe, me fait parvenir par pigeon électronique une missive indiquant que ses tripailles ne lui permettent pas de chevaucher la matinée durant. Par contre les vieux paladins sont présents : Ducs Eric et Guitou ayant fuit le duché d’enduro,  Barons Fred, Arnaud et ChocoBob à la lame toujours aussi tranchante, Sieur Yann de retour du royaume d’Engleland et même Chevalier Lorenzo descendu de ses Mazures pour rejoindre la plaine.
Après avoir laissé les cieux deverser ses flots nous prenons la route suivant la trace du traileur dans la boue. Le chemin est identique à celui des années précédentes. Mais cette année le terrain est fangeux. Si mes compagnons mènent avec une grande aisance leur monture sur ces chemins cauteleux, mon fidéle destrier, mal ferré, se rebiffe dès que le trimard devient trop montueux. L’empyrée se faisant plus clément nous pouvons enfin lacher la bride sur le cou de nos pur-sangs. Au détour d’un fourrée nous repèrons une horde de gobelins vetus de guenilles grèges et chatoyantes. En cette période de rut nous préférons nous esquiver de manière subreptice. Des hordes de spadassins étant passées par là la veille, il ne nous est pas difficile de retrouver la trace. Nous découvrons un long sentier montant qui nous ramène sur une trace habituelle. Nous dévalons vers la chapelle de ce bon vieux Roger. C’est à ce moment que les cieux s’ouvrent de nouveaux. Nous  faisons relâche quelques instant afin de revêtir nos cottes de pluie. Une raidillon fangeux se présente à nous. Seuls les plus agiles parviendront sans encombre à franchir la difficulté. Nous voila en territoire belligérant. Le baron Fred ayant déjà eu à en découdre avec l’autochtone, nous nous faisons discrets. Mais ce territoire est maudit. D’une glissade ma monture m’envoit au sol, sans doute éffrayée par un quelconque sort jeté par l’indigène sournois. Fred me suit de près et à son tour se trouve jeté dans la fange.
Indemnes, sauf dans notre honneur, nous reprenons notre périple quand Christian se déverse sur nos humbles carcasses. Nous nous abritons pour laisser passer la tourmante. Afin d’échapper à une nouvelle averse nous lachons les chevaux, traversant flaques et bourbiers sans nous soucier le moindre du monde de l’état piteux dans lequel nous allons finir.
De retour dans notre fief, une soubrette callypige nous offre moultes pintes et agapes. Sieur Michael, de passage dans le secteur, tel maitre Renard par l’odeur du fromage alleché, vient se joindre à nous pour partager nos victuailles.

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