Par un réseau social je reçois l’annonce de l’Ardèche Gravel. La version 200Km en 2 jours avec hébergement retient mon attention après avoir rejeter l’option bikepacking (la nuit à 1100 mètres d’altitude mi-avril risque d’être froide et mon équipement de couchage ne s’accommode pas à des températures en deçà de 14°). Pour une fois la chance est de mon côté. Les 18 et 19 avril correspondent au week-end du milieu des vacances de printemps. J’y vais / J’y vais pas ? 100Km avec 2400 de D+ le samedi suivis de 86Km pour 1000 de D+ ça sera une première pour moi. Aussi, ça se réfléchit. Ce qui m’inquiète le plus ce sont la 1ère montée et la dernière du J1. Je n’ai aucune référence en matière de montée de 14Km (572 de D+) ni de 30Km (750 de D+). Celles du 130 VTT en 2 jours de l’Elsass Bike paraissent courtes en comparaison. Ma réflexion m’amènera finalement à m’inscrire 15 jours avant l’événement. Il faut bien une première et je ne pars pas de rien. Il sera indispensable de gérer l’effort tout en finissant au mental à défaut de jambes. Ce qui revient à dire qu’il faudra gérer la fatigue voire l’épuisement.
Je charge la voiture mercredi matin. J’arrive à 16H30 dans le département tant voisin mathématiquement qu’éloigné géographiquement. Je pose pied à terre au camping de Tournon sur Rhône. J’y trouve vite mes repères pour y avoir planté la tente lors mon itinérance en juillet dernier. Au regard de la saison j’ai réservé un bungalow. J’entends certain(e)s d’entre vous se demander pourquoi partir autant de jours à l’avance. Quitte à se faire 650Km de trajet autant en profiter pour jouer le touriste.
Un couple de tourterelles tout émoustillé me réveille jeudi au petit matin. Leur activité tourbillonnante du type vole après moi que je t’attrape pour préserver l’espèce a accéléré leur transit intestinal au grand regret de mon hayon arrière. Je monte en selle pour une boucle d’une cinquantaine de km le site troglodyte de Châteauneuf sur Isère puis le jardin zen en perspectives. La via Rhona puis la Belle via m’y amènent. Je me régale des grottes et maisons troglodytes d’autant plus que le tour peut se faire en vélo. Le jardin zen m’apporte de la zenitude (étonnant, non ?).
Vendredi matin sens opposé de la Via Rhona direction Laveyron. Le retour au camp de base est assez rapide. Il est temps de préparer le bike. J’y accroche la sacoche de top-tube, de cadre et une petite de selle. Je remplis ensuite le sac de voyage d’une tenue de rechange, de vêtements chauds pour la soirée et de quoi retrouver une odeur acceptable socialement à l’arrivée du J1.
Le voilà enfin ce fameux samedi. J’y suis. Je sais que je vais en chier de chez en chier. Mais la volonté de relever ce défi reste intacte. Sur le trajet de la place de départ j’entre dans une pharmacie pour acheter de la crème solaire au format de poche. En effet, j’avais omis les 2 jours précédents que le soleil ardéchois n’était pas le même que notre compagnon ardennais. J’ai déjà le bronzage cyclo mais pas celui de couleur mat. Je ressemble à une guirlande de Noël.
Je dépose mon sac de voyage dans la camionnette qui en assurera le transport jusqu’à l’hébergement d’arrivée à 1100 mètres d’altitude. D’un coup de ciseau je colle la puce de la plaque arrière sur la plaque de cintre. Je range le gamex dans une sacoche sachant que dès le 7ème km je monterai en température. Je me place en toute fin de groupe composé d’une soixantaine de participants. Le speaker lance le décompte : « 5, 4, 3, 2, 1 il est 10H c’est parti pour 200Km en 2 jours. Bon courage et faites-vous plaisir ». Le véhicule de la police municipale s’élance pour ouvrir le chemin en ville jusqu’à la via Rhona. Les 7 premiers km longent le Rhône. La cadence commune dépasse les 30Km/H. Virage à droite puis à gauche et nous voilà dans le village de Mauves. A sa sortie clignotant à gauche. Ça y est me voilà dans le vif du sujet … les 14 km de montée. Le groupe s’étire progressivement. Je réveille le plateau de 30. Je monte au train. L’inclinaison des 3 premiers km alterne entre 3% et 6%. Les suivants atteignent les 7 à 12%. Chemins de vigne et quelques parties asphaltées se succèdent. Que de beaux paysages. Les jambes tournent bien. Une participante m’interpelle : « j’ai vu Ardennes sur votre maillot. Vous venez de loin ! ». Malgré la pente nous échangeons une vingtaine de minutes sur ce qui nous a amené au gravel et la polyvalence de cette pratique. De rares portions relativement plates permettent de récupérer. Le soleil commence à se faire sentir. J’ai chaud la couenne. Le vent bien que de face est appréciable pour son côté rafraichissement. Je pense à boire une gorgée de boisson isotonique régulièrement. Je suis étonné que le convoi ne se soit pas plus étiré. En effet, de nombreux graveleux roulent toujours devant moi. De ce fait je ne regarde guère mon GPS. Je suis bêtement la roue devant moi. Je m’attends donc à un moment donné à me retrouver hors trace car seuls les premiers participants naviguent réellement. La technique du mouton de Panurge a effectivement ses limites. Heureusement, mon Karoo se met à m’assassiner les tympans pour m’alerter de l’erreur de direction. J’hurle pour en informer les 2 graveleux 10 mètres devant moi. Ils me remercient et nous rebroussons chemin de 50 mètres pour reprendre la trace. Nous papotons par moment d’itinérance en bikepacking avant d’entamer la 1ère longue descente. Les 40Km/H rafraichissent agréablement. Les virages à forte courbe imposent de rester concentré. Ces km de route goudronnée débouchent sur un chemin toujours au profil descendant. L’Ardèche sort ses atouts. De la caillasse sur 800 mètres. Il est nécessaire de bien placer ses roues et de récupérer les glissades avant d’arriver à Saint-Romain de Lerps. Je laisse mes 2 compères filer pour immortaliser mon passage au col de Mayres. Je ressens de plus en plus la chaleur d’autant plus que ça fait bien longtemps que je n’ai pas roulé sous 26°. Le ravito de Colombier le Jeune au km 45 est le bienvenu. Je déglutis coca et eau pétillante. Je mache banane, orange, un mini saucisson et autres aliments. Si au niveau boisson le ravito est copieux il manque du salé type petits « toasts », fromages. Je discute avec un possesseur d’un Ridley. Je rempote mon bidon. Je reprends mon périple après cette pause d’une quinzaine de minutes.
Les montées sont désormais bien plus courtes. Par contre, elles sont beaucoup plus fréquentes. Il est difficile de tenir un rythme. La caillasse met du piment. Plusieurs passages par des singles
avec des vues imprenables me font oublier la chaleur et la fatigue qui arrive progressivement. Une participante à l’accent du sud m’aborde dans une descente : « je descends plus vite que toi. C’est que je suis trop lourde ». En gentleman je lui tiens un propos rassurant en lui précisant qu’elle est plus grande que moi. Après un éclat de rire nous partageons autour de nos expériences d’itinérance et de la liberté qu’offre ce type de roadtrip. Nous nous arrêtons pour photographier le château des Boscs. Hélas, la végétation masque ce monument du 15ème siècle. Aucun de nous 2 n’a le courage de remonter de 200 mètres pour réaliser le cliché. Chacun reprend son rythme pour rouler solo. La chaleur m’accable. Mon eau est chaude. Je mastique des crocodiles Haribo de temps à autres. J’enquille les Km. Je suis étonné lorsque j’aperçois le panneau d’entrée de Lamastre. Je n’avais pas l’impression d’avoir roulé 60Km ce qui représente une excellente nouvelle. Comme prévu j’y prends mon déjeuner. Je trouve une boulangerie démunie de pâté en croûte à mon grand désespoir. Je me replie sur une part de pizza poulet champignons complétée d’une tartelette aux fraises et d’une canette de coca. Lorsque je demande à la vendeuse de me chauffer la pizza la jeune dame me répond que le four est éteint sans possibilité de le remettre en service. Une pizza poulet champignons froide c’est dégueu ! J’en laisserai la moitié.
Après cette demi-heure en terrasse à l’ombre je remonte en selle assez confiant pour les 50 derniers Km. Après un court jardinage à la sortie de Lamastre la trace emprunte la Dolce via. Les 1% de pentes se roulent facilement. La fraîcheur des tunnels rafraîchit pour faire une lapalissade. J’ai de plus en plus chaud. Je commence vraiment à avoir du mal à absorber cette eau chaude. Je m’arrête un peu avant Le Cheylar dans une guinguette prendre une boisson avec glaçons. Bien qu’à l’ombre je n’arrive pas à redescendre en température. Même en roulant pas un poil d’air. Je parviens sur la partie de la Dolce via avec vue plongeante sur la vallée de l’Eyrieux. Ce régal
m’occupe l’esprit tout en oubliant cette sensation de chaleur. J’arrive à La Voulte sur Rhône. La trace perpétue cette ancienne ligne de chemin de fer en faux plat montant de 3%. Le revêtement gravillons / sable donne la sensation de bourrage. J’ai l’impression de ne pas avancer. Le compteur me le confirme. Il me faudra 2H30 pour parcourir ces 30 km séparant Lamastre de Saint-Martin de Valamas, lieu du 2d ravito. Je ne m’y attarde pas. L’emplacement étant en plein soleil et les boissons tièdes, je prends la décision de repartir rapidement.
Je repars pour les 23 derniers Km de montée jusqu’au Lac de Devesset point final de ce samedi. Un groupe de 4 jeunes filles accompagnées de leur mâle dominant me suivent. Je reste devant dans les portions un peu plus pentues et me retrouve derrière dans les faux plats. Je finis par lâcher. Je suis collé au gravier / sable. Je n’avance pas. Cette allure de sénateur me permet de profiter des paysages. La fatigue prend le pas. Je fais un court arrêt pour absorber une barre de céréale. Un peu plus loin je m’asperge d’eau à un point cyclo. Nouvelle pause 5km plus loin où me rejoint un participant porteur de la même mine que moi. Nous continuons ensemble. Il se plaint de son séant douloureux. De mon côté avec la selle SMP Welt mon assise reste confortable. Saint-Agrève pointe le museau de son clocher. L’arrivée est à 3 Km … quel bonheur. Bonheur vite mis de côté car ça monte par un joli single avec une partie à 15%. Je terminerai les 30 derniers mètres en poussant le vélo. Le km final emprunte un chemin en descente mêlant pierres et racines. Ce côté technique me fait oublier la fatigue ainsi que la lassitude provoquée par le long chemin quasi en ligne droite. Le plaisir revient. Cette descente est un régal. Je termine au Lac de Devesset en 9H40 dont 7H40 de roulage avec 107Km pour 2294 de D+. Boissons et petite collation attendent les participants.
Je me dirige vers les organisateurs pour obtenir mon hébergement. Ils sont tous occupés au repas et préfèrent que je me restaure de suite. Je prends mon plateau repas (salade de tomates, lasagnes et tarte aux fruits). Je m’aperçois que mon estomac a besoin de repos avant de se mettre au travail. Je ne mange donc que la moitié du contenu. On m’amène enfin à mon mobil home. J’apprends que le propriétaire du camping n’a pas réussi à remettre l’eau … « donc pour les toilettes et la douche il faut se rendre aux sanitaires collectifs 600 mètres plus loin ». Je me serais bien passé de ce petit tour supplémentaire. Que c’est bon une douche et de ne plus se sentir collant comme un ruban anti-mouche. Je mets mon GPS et mon smartphone en charge. Je m’aperçois que Devesset se situe en zone blanche. Il est utile de ressembler à la statue de la liberté pour capter un minimum de réseau. Je m’endors rapidement vers 22H30.
J’émerge avant la sonnerie de la fonction réveil programmée à 7H. Le petit déjeuner ne prévoit pas de chocolat chaud (ni froid) boisson indispensable à mon éveil et mise en route. Par contre, café, thé, jus d’orange bio, pancake, pain et ses attributs, et charcuterie sont au menu. Je remets mon sac au voiturier. Je vérifie mes pneus. Ils sont bien mous. Le conducteur du 4×4 balai me tend une pompe. 1,5 bars au lieu de 2,2 à l’arrière et 1,9 au lieu de 2,1 devant. Ça sent la crevaison et le
préventif qui a bien travaillé. Un coup de pompe et c’est parti pour 86 km. D’après les locaux le retour peut être comparé à une cure de jouvence au regard du profil. Certes, ça descend de 2200 mètres mais ça monte aussi de 1200 mètres. Dans notre belle terre ardennaise 80Km avec 1200 de D+ c’est déjà une bonne rando.
La trace longe une partie du lac par des passerelles en bois. Le spectacle est magnifique. La première côte (petite côte juste de 2km) arrive à 1,5 km avec du 10%. C’est parti pour du 30×32 (je garde le 34 en réserve). Le soleil engendre des paysages grandioses. J’avance lentement mais surement. Les petits pignons sont mis au repos. Ca monte et ça descend. Je ressens les efforts de la veille. Je mets pied à terre dans une côte à 19%. Au km 15 dans le village de Saint-Bonnet le Froid un ravito surprise nous attend dans un restaurant 3 étoiles et offert par son chef. Différents cakes et boissons chaudes sont proposés. Le voilà mon chocolat chaud ! Yes.
Pour poursuivre il faut à nouveau monter, monter et monter. Puis descendre. Succession de descentes de pierre, de roche et/ou de racines. Je m’amuse comme un petit fou. Je me prends au jeu. J’en oublie que je suis en gravel et non en VTT. 2 rappels à l’ordre me permettront de retrouver un minimum de vigilance. Ça tabasse au point de se réveiller la lune.
Je n’aimerais pas être à la place de mes jantes. Je rencontre des bauges sur le plateau. De passage dans un village je prends place à la terrasse du café pour me désaltérer d’un schweeppes agrume. Le profil jusqu’au ravito reste identique montées et descentes techniques pour la plupart. Les jambes reprennent un minimum de vigueur. J’apprécie l’ombre du ravito de Saint-Félicien et son saucisson sec local. Je discute avec un couple en version bikepacking. Il ne reste plus que 3 montées dixit les gérants du ravito. J’en compterai plus.
Le vent se lève et ne souffle pas dans le bon sens. Les paysages sont sauvages. Le parcours emprunte de petits singles ludiques occasionnellement. Ayant oublié de remplir mes bidons au ravito je fais une halte dans une troquet. Je repars en compagnie du couple précédent en papotant. Nous avons l’impression que plus nous nous rapprochons du lac des Mainettes plus nous nous en éloignons. Pourquoi tant attendre ce lac ? La dernière grimpette se situe juste à la sortie de lac. Effectivement une belle grimpette qui nous offre 400 mètres à 17%. Les 15 derniers KM empruntent une petite route sinueuse en descente jusqu’au hallage du Rhône pour terminer par la via Rhona. 86 km pour 1266 de D+ en 7H25 dont 6H02 de roulage. THE END. Il ne reste plus qu’à aller chercher le plateau repas d’arrivée et à récupérer.
Après une excellente nuit. Je remets le cuissard le lundi pour une boucle de 20Km. Le hasard m’amènera jusqu’à un restau aux mets délicieux. Cet endroit m’aura aussi permis de découvrir la bière locale.
Défi relevé. J’en ai chié mais quel beau département. J’en ai pris autant plein les jambes que plein les yeux. Il me reste à améliorer mon alimentation.
Vivement la prochaine rando de ce type. Et vous, pensez-vous vous inscrire à la Terre de Légendes du 30 et 31 mai 2026 ?
(Tous mes remerciements à ceux qui m’ont accompagné avec leur message d’encouragement. Ca fait bien lorsqu’il ne reste plus que son âme pour pédaler)